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Paysage urbain et empreinte
de l'homme dans son territoire.
Du Sténopé au Polaroïd.
La simplicité du
Sténopé m'a
permis dès 1997 d'axer ma recherche photographique
sur la mobilité et la pérennité.
Je travaille alors avec un long temps de pose et une
restitution lointaine.
Cette technique archaïque me permet d'explorer
l'image non cadrée, naturelle, malgré les
variations du temps qui ne sont pas seulement linéaires
mais aussi physiques.
La durée de pose m'éloigne de la matière
formelle, qui pourtant est le creuset de l'image qui
s'élabore, et libère une vitalité propre à la
dynamique visuelle.
Dans cette aspiration à restituer ce que je
vois et perçois, l'intégrité de
l'objet reste unique même si la façon
de saisir la matière est particulière
et multiple.
Que ce soit le travail effectué sur les friches
industrielles ou celui qui concerne les infrastructures
urbaines, l'orientation définie est celle de
tendre vers un regard plus brut et instinctif.
Par les procédés
anciens de restitution découverts avec Nancy
Wilson-Pajic et expérimentés sur mes
images, j'ai pu orienter cette nouvelle approche plastique.
Ceci dans une direction plus immédiate et directe.
J'ai saisi ensuite l'expérience photographique
comme un Jeu. Le jeu nous parle sans distance. Il est
notre premier contact avec la réalité.
Il nous permet de nous construire physiquement.
« Ce qui m'importe avant tout, c'est de montrer que jouer, c'est une expérience
: toujours une expérience créatrice, une expérience qui
se situe dans le continuum espace-temps, une forme fondamentale de la vie. » Page
71 - Winnicott. - Jeu et réalité.
Le Jeu apporte une liberté de création...
Je me situe dans un temps donné d'activité et
j'entre ainsi dans un rythme qui impose une résistance.
De cette confrontation naît la concrétisation.
Entre la liberté du jeu et la contrainte du
travail s'élabore une communication dont le
résultat tangible est l'image.
La matière devient prétexte à la
mise en oeuvre d'une singularité qui se densifie.
Aux contacts des différentes sédimentations
de la lumière et par l'effet de l'oxydation
du temps, l'austérité de la matière
est transformée. Elle porte alors en elle quelque
chose de joyeux : une permanence à délivrer
qui relève d'un acte de désir. L'échelle
des valeurs s'inverse. La perspective est différente.
C'est un nouvel espace-temps qui se manifeste. Entre
la réalité, parfois abrupte, brutale
ou indifférente et la matière sombre,
lumineuse ou opaque se nouent les flux du temps et
de la mémoire.
La photographie fixe dans un temps choisi une image
qui va demeurer. Elle n'est plus alors un reflet du
vivant, ni son ombre mais l'authentique réalité d'une
intériorité qui trouve son écho
dans l'une des formes de l'existence.
Cette image naît d'une impulsion personnelle,
nettement déterminée par les sens et
en accord avec une volonté de retranscription
du réel.
L'image déborde vers celui qui la regarde: sort
de son cadre. Elle porte en elle l'empreinte de l'ombre
qui lui donne sa peau, sa chair. Par le toucher visuel,
j'expérimente cette présence de l'ombre.
Comme le souligne Brassai dans» Conversations
avec Picasso « On a l'oil, mais non
la main ; on ne peut plus toucher aux objets... » Il
insistait sur cette notion pour démontrer à Picasso
le pourquoi de sa soumission à la photographie.
J'aimerais actuellement
réaliser une nouvelle forme d'approche par
le Polaroïd. D'une part, par la présence
de la couleur et d'autre part par son développement
robotisé, le Polaroïd offre une continuité avec
cette approche plus instinctive de l'image que j'expérimente
depuis 1997. Quelques études sur le littoral,
les jardins, la ville de Lille ; Une restitution
de ces images par le numérique, m'ont donné la
possibilité de mieux saisir cette interrogation
des lieux ou des sujets par le Polaroïd.
La couleur du Polaroïd m'attire et me plait car
elle n'est pas enjolivée. Elle est directe,
simple, sans artifice. Elle se complète avec
mon approche de l'image et lui donne cette densité qui
existe aussi dans le tirage pigmentaire.
Rémi
Guerrin |